Histoire

Haricot Tarbais : Originaire du nouveau monde


Des recherches bibliographiques ont permis d'identifier son ancêtre au Mexique, cultivé par les Aztèques, où il était déjà associé au maïs et à la citrouille. Les Mexicains nommaient «ayacolt» la graine rougeâtre en forme de rognon qui devint chez nous le «Haricot».
Parmi les premiers produits importés des pays d'Amérique du Sud au XVIème siècle, le Haricot est arrivé en Europe dans les cales de Christophe COLOMB. On raconte notamment que Catherine de Médicis, future épouse d'Henri III, débarquant à Marseille en 1553, sortit de sa corbeille de mariage un sac de «Fagioli», que l'on appellera plus tard «Haricots».
 

Du Haricot Mexicain au Haricot Tarbais...


Le Phaseolus Vulgaris parvient dans les vallées pyrénéennes via l'Espagne. Il est implanté dans la plaine de Tarbes au début du XVIIIème siècle, en même temps que le maïs, le «gros millet», par Monseigneur de POUDENX, évêque du diocèse de Tarbes.
En cette période noire où la famine est fréquente, ces nouvelles denrées miracles trouvent sur notre Terroir de Bigorre un climat et un sol idéals.
 

Un grain de Haricot pour deux grains de maïs...


Le Haricot Tarbais étant une plante grimpante, il est très vite associé au maïs dont les hampes lui servent de tuteur. C'est ainsi que les 2 plantes se répandent très rapidement dans la plaine de Tarbes où l'on prend l'habitude de semer un grain de haricot au pied de deux jambes de maïs contiguës.
Par la suite, les recherches montrent que d'un type commun à l'origine, le grain de haricot s'est modifié, s'adaptant à des conditions de climat et de milieu différents.
Cette sélection naturelle s'est faite à partir du XVIIIème siècle pour donner le joyau que nous cultivons aujourd'hui.
A partir de la fin du XVIIIème siècle, de nombreuses sources bibliographiques révèlent l'explosion des surfaces de Haricots Tarbais...
En 1838, dans le département des Hautes-Pyrénées, les surfaces cultivées en légumes secs (haricots, pois et fèves confondus) s'élevent à 14 000 ha, soit pour l'époque une production de 13 128 hectolitres (1 hl = 75 à 80 kg de Haricots).
En 1881 la culture s'étend encore suite à la crise de la vigne causée par l'oïdium. La culture du Haricot Tarbais couvre 18 500 ha et produit 37 000 hl (environ 3 000 tonnes). La consommation quadruple et en saison sèche, le département est déficitaire. Le "Haricot Maïs" connaît son apogée. Il constitue une réserve pour l'alimentation quotidienne, le commerce et l'armée (Tarbes étant une ville de garnison). Plus tard, malgré son rôle de produit végétal d'exportation (le seul avec les fourrages), son importance diminue en gardant cependant un niveau conséquent.
En 1906, on compte encore 12 000 ha ensemencés qui produisent 30 000 hl dont plus de la moitié sont vendus sur Paris et Bordeaux.
En 1923, 11 500 ha sont cultivés en Haricots ce qui équivaut à 9,2% des terres labourables du département des Hautes-Pyrénées.
Jusque vers les années 1950-1960, les Haricots sont vendus sous la halle Marcadieu à Tarbes par sacs de 80 Kgs. On raconte que … « Les marchands sautaient sur les sacs pour acheter les haricots. Taillefer en chargeait un plein camion. Nous, on en vendait 2 à 3 sacs.
C'était l'argent du bien-être. On avait acheté la télé avec ça.... ». Les Haricots partent vers Bordeaux et même vers l'Algérie. Très vite, il s'avére que la Bigorre convient particulièrement à cette variété et le marché du "Marcadieu" de Tarbes, ou marché du Jeudi, devient le lieu d'échange le plus important et le plus réputé pour ce type de haricots.
 
 
   Mais on le trouve également sur tous
   les petits marchés du département.
   Les grossistes venus l'acheter contribuent
   à faire croître se renommée.
 Ainsi ce Haricot prend progressivement le nom de "Haricot de Tarbes",
   puis celui de "Haricot Tarbais" .

 

 

La phase de déclin


Dans les années 50, l'introduction des maïs hybrides à haut rendement sonne le glas de la culture qui assurait la prospérité de la Bigorre jusque là. Face à l'intensification de la culture du maïs, la production de haricots, moins rentable et rendue pénible par son mode de conduite quasi exclusivement manuel, devient mineure. A la différence des autres variétés de haricots, la récolte du Haricot Tarbais ne peut être mécanisée. En outre, les familles deviennent moins nombreuses, les jeunes plus tôt scolarisés. Récoltée manuellement, la production de Haricot Tarbais n'a plus sa place dans la culture dite «intensive».
Ainsi, alors qu'en 1930, on recensait près de 10 000 ha de Haricots Tarbais, les deux recensements généraux de l'Agriculture de 1970 et 1980 montrent qu'il ne reste plus que 55 ha répartis sur 650 exploitations du département des Hautes-Pyrénées.
En fait, les statistiques officielles ne peuvent donner une image exacte de l'importance de sa culture.
Si le Haricot n'est plus cultivé en plein champ, il est toujours présent dans les jardins familiaux. Dans la plaine de l'Adour, presque tous les jardins possèdent 4 ou 5 sillons de Haricots et ce, d'autant plus que les agricultrices fréquentent les marchés de Tarbes et Lourdes.
Le Haricot Tarbais demeure un élément important de l'alimentation paysanne locale dans les zones éloignées des villes et des marchés de consommation. Quant à la semence, elle se transmet de génération en génération jusqu'à nos jours, conservée jalousement dans les familles.
 

La renaissance du Haricot Tarbais

En 1986, de la concertation entre Pierre PUJOL, conseiller agricole à la Chambre d'Agriculture de Tarbes, et un groupe d'agriculteurs naît une idée : «Le Haricot Tarbais ne serait-il pas un moyen de diversifier l'Agriculture Départementale, face aux difficultés observées sur les grandes productions (céréales, lait, viande)?». La relance du Haricot Tarbais est le fruit de cette réflexion ...
Sous l'impulsion de ces hommes, une douzaine d'agriculteurs acceptent alors de se lancer dans l'aventure. Des jeunes, à la recherche d'un complément de revenu... mais aussi des anciens, avec l'envie de transmettre une richesse d'antan qui leur tient à cœur.

 
 
Première étape du renouveau, la mise en place d'expérimentations de terrain dès 1986 contribue à améliorer les techniques culturales, l'objectif étant de rentabiliser et de faciliter la production : emploi de filets en substitution aux tuteurs maïs et de traitements adéquats. La même année est menée une étude de marché dont les résultats confortent les membres fondateurs : la demande en haricots tarbais existe sur le Sud Ouest d'abord, mais également dans le reste de l'hexagone.
Enfin, élément essentiel dans l'histoire du renouveau de la filière, un conservatoire de 400 échantillons de semences fermières collectés dans les fermes locales est mis en place en collaboration avec l'INRA. De ce conservatoire, seront extraites 24 populations se rapprochant du type «Haricot Tarbais», puis 1 lignée en 1990 qui sera déposée auprès du GEVES et enregistrée au Catalogue Officiel des Variétés en 1998 sous le nom d'Alaric.
 

L'HISTOIRE EST DEPUIS EN MARCHE ....

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